La prière de Tarawih marque les nuits de Ramadan d’une empreinte spirituelle particulière. Cette prière nocturne, effectuée après la salât al-Icha, est très importante et recommandée par la sounnah. Chaque année, des millions de musulmans se rassemblent dans les mosquées pour accomplir ces unités de prière supplémentaires, cherchant le pardon d’Allah durant ce mois sacré.
Combien de rakaat accomplir ? Peut-on prier tarawih à la maison ? Quand commence réellement la salat tarawih ? Comment l’accomplir correctement ?
Table des matières
Qu’est-ce que la prière de Tarawih ?
Signification de tarawih
Le terme « tarawih » vient de la racine arabe « tarwîha » qui signifie repos, pause. On l’appelle ainsi car les compagnons s’arrêtaient pour se reposer après chaque quatre rakaat durant les longues prières nocturnes de Ramadan.
Tarawih est une prière nocturne spécifique aux nuits de Ramadan, accomplie après la Icha et avant le Fajr. Elle fait partie du qiyam al-layl (prière de nuit), mais porte ce nom distinct durant le mois sacré de Ramadan en raison de sa pratique collective régulière et de son caractère fortement recommandée (sunna confirmée).
La différence entre qiyam ramadan et tarawih réside dans le contexte. Le qiyam al-layl désigne toute prière de nuit surérogatoire accomplie tout au long de l’année. Tarawih se rapporte exclusivement au mois du ramadan et se pratique couramment en groupe.
Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Quiconque prie la nuit durant Ramadan avec foi sincère et en espoir de récompense, ses péchés antérieurs lui seront pardonnés » (rapporté par Boukhari et Mouslim).
Les origines de la prière de Tarawih
La prière de Tarawih trouve ses racines dans la Sunna du Prophète ﷺ lui-même. Aïcha (رضي الله عنها) rapporte que le Prophète ﷺ sortit une nuit prier dans la mosquée, et que des gens le suivirent et prièrent avec lui ; puis la nuit suivante ils furent plus nombreux encore, jusqu’à la troisième ou quatrième nuit où il ne sortit plus, disant : « Je craignais qu’elle ne vous soit rendue obligatoire » (Bukhari n°1129, Muslim n°761). Après lui, les gens continuèrent à pratiquer cette prière en Ramadan, mais de manière dispersée : certains priaient seuls, d’autres en petits groupes distincts dans la mosquée.
C’est Omar ibn al-Khattab (رضي الله عنه) qui, lors de son califat, entra un soir dans la mosquée et vit ces groupes épars ; il décida alors de les rassembler derrière un seul imam, en la personne d’Ubayy ibn Ka’b, déclarant : « Quelle bonne innovation (ni’mat al-bid’a) que celle-ci ! » (Bukhari n°2010). Il fixa cette prière après le Icha, bien qu’il fût parfaitement conscient que la fin de la nuit , et plus précisément son dernier tiers — est supérieure pour la prière nocturne, comme le confirme le hadith du Prophète ﷺ : « Le Seigneur descend chaque nuit au ciel du monde durant le dernier tiers de la nuit » (Bukhari n°1145, Muslim n°758).
Omar (رضي الله عنه) justifia ce choix pragmatique en reconnaissant que les gens dormaient à cette heure-là, et que prier en début de nuit, même si ce moment est moins méritoire, était plus accessible pour la communauté dans son ensemble, préférant ainsi une pratique collective soutenue à une excellence individuelle que la majorité ne pouvait tenir.
Quand commence et quand se termine la prière de Tarawih ?
La prière de tarawih commence après l’accomplissement de la salât al-Icha et de ses deux rakaat de sunna. Pour connaitre les horaires de prières de votre ville vous pouvez aller sur la page prayer times du site time.now. Le début du ramadan marque le premier jour où cette prière devient légiférée. Certaines mosquées attendent quelques minutes après la Icha pour permettre aux fidèles d’arriver.
Le temps de la salat tarawih se termine à l’entrée du Fajr. Beaucoup préfèrent prier le tarawih tôt dans la nuit pour des raisons pratiques, mais celui qui la retarde jusqu’au dernier tiers de la nuit accomplit un acte plus méritoire.
La fin du ramadan : si le croissant de Shawwal est aperçu après le coucher du soleil, ce soir-là reste encore Ramadan jusqu’au Fajr. On accomplit donc tarawih normalement.
Combien de rakaat pour la prière de Tarawih ?
Cette question génère beaucoup de débats, pourtant la réponse est simple : il n’existe pas de nombre fixe obligatoire. Les textes authentiques rapportent différentes pratiques concernant le nombre de rakaat.
‘Aïcha (qu’Allah soit satisfait d’elle) rapporte que le Prophète (paix et salut sur lui) ne dépassait pas onze rakaat durant Ramadan (rapporté par Boukhari et Muslim). Ce hadith établit la pratique prophétique : huit rakaat de la prière de tarawih suivies de trois rakaat de witr.
Durant le califat du calife Omar ibn al-Khattab, les gens priaient vingt rakaat à la mosquée. Cette pratique s’est maintenue dans de nombreuses mosquées jusqu’à aujourd’hui. Certains savants mentionnent même trente-six ou trente-neuf rakaat dans certaines régions.
Tous ces nombres sont valides et conformes à la Sunna. L’excellence de la prière réside dans la qualité, la présence du cœur et la régularité, pas dans le nombre total de rakaat. La constance prime sur la quantité.
Comment accomplir la prière de Tarawih étape par étape
Organisation des rakaat (2 par 2)
Tarawih s’accomplit deux rakaat par deux rakaat, comme toutes les prières nocturnes. Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) a dit : « La prière de nuit se fait deux par deux » (rapporté par Boukhari et Muslim). Après chaque paire de rakaat, on prononce le taslîm (salutation finale).
Concrètement : on accomplit deux rakaat, on salue, on se lève pour deux autres rakaat, on salue, et ainsi de suite jusqu’au nombre souhaité. Après tarawih, on accomplit le witr, généralement trois rakaat, pour clôturer la prière nocturne.
Récitation du Coran pendant Tarawih
La récitation durant tarawih varie selon les mosquées et les imams. Aucun minimum n’est imposé : réciter Al-Fatiha et quelques versets suffit pour la validité de la prière.
Traditionnellement, beaucoup d’imams visent la récitation du Coran complet durant le mois du ramadan. Cela représente environ un juz par nuit (les trente juz répartis sur les nuits du mois). Cette pratique permet aux fidèles d’écouter l’intégralité de la parole d’Allah durant le mois sacré.
L’imam doit tenir compte de la capacité des fidèles. Réciter trop vite en négligeant les règles du tajwîd ou réciter si longtemps que les gens abandonnent par fatigue ne sert pas l’objectif spirituel de tarawih
Origine de récitation intégrale du Coran e durant Ramadan
La tradition de réciter l’intégralité du Coran durant le Ramadan puise sa source dans la pratique du Prophète ﷺ lui-même avec l’ange Jibrîl. Ibn Abbas (رضي الله عنه) rapporte que « Jibrîl rencontrait le Prophète ﷺ chaque nuit du Ramadan et ils se récitaient mutuellement le Coran » (Bukhari n°3554, Muslim n°2308).
Cette révision annuelle constituait une véritable ‘arḍa, une présentation complète du Coran, et l’année du décès du Prophète ﷺ, Jibrîl la fit deux fois avec lui, comme pour confirmer et sceller la transmission.
C’est de cette Sunna prophétique que les imams ont tiré la pratique de compléter la totalité du Coran au cours des Tarawih du Ramadan, faisant de chaque nuit une occasion de revivre ce lien sacré entre la Révélation et sa récitation..
Prier Tarawih à la mosquée ou à la maison ?
Tarawih à la mosquée : mérites
Accomplir la prière de tarawih à la mosquée en groupe comporte des mérites considérables. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Celui qui prie avec l’imam jusqu’à ce qu’il termine, Allah lui inscrit la rétribution d’une nuit entière de prière » (rapporté par les auteurs des Sunan).
Ce hadith établit un principe capital : rester avec l’imam jusqu’à la fin – y compris le witr – garantit la récompense complète de qiyam ramadan. La prière collective crée une atmosphère spirituelle unique et renforce le sentiment d’appartenance à la communauté musulmane.
Tarawih à la maison : validité et cas
Peut-on prier tarawih à la maison ? Absolument. Prier à la maison reste valide et récompensé. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit : « La meilleure prière de l’homme est celle accomplie chez lui, sauf les prières obligatoires » (rapporté par Boukhari et Muslim).
Plusieurs situations justifient tarawih à la maison : fatigue après une longue journée de travail, enfants en bas âge nécessitant une présence, maladie ou difficulté à se déplacer, éloignement de la mosquée.
La femme musulmane jouit d’une liberté totale de choisir entre mosquée et domicile. L’organisation à domicile varie : certains pratiquent la prière seuls comme prière individuelle, d’autres dirigent la prière en famille. Cette habitude familiale renforce les liens et transmet la pratique religieuse aux enfants.
Cas particuliers : réciter du mushaf ou suivre un imam à distance
Réciter le coran en tenant le mushaf est permis selon la majorité des savants si on ne connaît pas suffisamment de Coran par cœur. On peut tenir le mushaf et réciter, que ce soit comme imam ou comme simple fidèle.
Suivre un imam à distance (radio, internet, télévision) ne constitue pas une prière valide en groupe. La prière collective exige la présence physique au même lieu de culte.
La prière de Tarawih pour la femme
La prière de tarawih possède exactement le même statut religieux pour la femme que pour l’homme : sunna confirmée (fortement recommandée). Aucune obligation n’impose à la femme musulmane de se rendre à la mosquée pour tarawih. Elle choisit librement selon sa situation.
Si la femme choisit d’accomplir tarawih à la mosquée, elle respecte les conditions de bienséance : tenue décente (hijab complet), absence de parfum, comportement digne et ne pas élever la voix. Les mosquées doivent aménager un espace approprié pour les femmes.
Durant les menstrues, la femme ne peut pas accomplir la prière, mais elle reste connectée au mois sacré : écouter la récitation du coran, faire des invocations, étudier le tafsîr, accomplir des bonnes œuvres.
La femme avec enfants en bas âge fait face à des défis particuliers. Si les enfants perturbent la prière collective, mieux vaut prier à domicile. La femme ne doit pas se culpabiliser : élever des enfants musulmans constitue un acte d’adoration majeur.
Quels sont les bienfaits de la prière de tarawih ?
Récompenses spirituelles
Le hadith fondamental établit : « Celui qui prie la nuit durant Ramadan avec foi et en espoir de récompense, ses péchés passés lui seront pardonnés » (rapporté par Boukhari et Mouslim). Ce pardon couvre les péchés mineurs, pas les péchés majeurs qui nécessitent un repentir spécifique.
L’élévation spirituelle durant tarawih transforme le croyant. La récitation du coran prolongée, les longues stations debout, les prosternations répétées créent une connexion intense avec Allah. Les bienfaits spirituels dépassent la simple rétribution.
Le lien avec la nuit du destin (Laylat al-Qadr) renforce l’importance de tarawih. Cette nuit se trouve probablement durant les dix derniers jours de Ramadan. Celui qui accomplit tarawih régulièrement augmente ses chances de vivre Laylat al-Qadr en état de prière, obtenant une récompense équivalente à plus de mille mois d’adoration.
École de discipline spirituelle
Au-delà des récompenses, tarawih forme le musulman spirituellement. La patience s’apprend en restant debout durant de longues récitations, en résistant à la fatigue. L’endurance se développe nuit après nuit. La présence du cœur (khushû’) constitue l’objectif ultime.
Erreurs que nous faison lors des prières de Tarawih
Se comparer aux autres empoisonne l’adoration. Observer celui qui prie plus de rakaat génère soit de l’orgueil soit du désespoir. Chacun a sa propre relation avec Allah, sa propre capacité.
Forcer au détriment de la sincérité transforme tarawih en épreuve physique plutôt qu’en moment spirituel. Transformer tarawih en performance détourne du véritable objectif. Cette prière vise la proximité d’Allah, pas la reconnaissance des gens.
Bonnes pratiques recommandées
L’intention sincère (niyya) précède l’action. Avant de commencer tarawih, rappeler à son cœur qu’on prie pour Allah uniquement. La régularité prime sur l’intensité ponctuelle. Mieux vaut huit rakaat chaque nuit que vingt rakaat une semaine puis rien.
La douceur envers soi-même reflète la miséricorde divine. Si la fatigue empêche de terminer tarawih, on s’arrête sans culpabilité. Si la maladie impose de prier assis, on prie assis. Si les enfants nécessitent une présence, on reste à la maison.
Tarawih demeure un cadeau divin, une occasion annuelle de renouveau spirituel. Saisissez cette opportunité selon votre capacité, avec foi et joie. Qu’Allah accepte vos prières et vous inscrive parmi ceux dont les péchés sont pardonnés durant ce mois béni.
FAQ – La prière de Tarawih
▶Qu’est-ce que la prière de Tarawih ?
Le terme « tarawih » vient de la racine arabe tarwîha qui signifie repos, pause — car les compagnons s’arrêtaient pour se reposer après chaque quatre rakaat. C’est une prière nocturne spécifique aux nuits de Ramadan, accomplie après la Icha et avant le Fajr. Elle fait partie du qiyam al-layl mais porte ce nom distinct durant le mois sacré en raison de sa pratique collective régulière et de son statut de sunna confirmée.
▶Quelles sont les origines de la prière de Tarawih ?
La prière de Tarawih trouve ses racines dans la Sunna du Prophète ﷺ. Aïcha (رضي الله عنها) rapporte qu’il sortit prier dans la mosquée et que des gens le suivirent, jusqu’à ce qu’il cesse de sortir en disant : « Je craignais qu’elle ne vous soit rendue obligatoire » (Bukhari n°1129, Muslim n°761). C’est ensuite Omar ibn al-Khattab (رضي الله عنه) qui rassembla les groupes épars derrière un seul imam, Ubayy ibn Ka’b, en déclarant : « Quelle bonne innovation (ni’mat al-bid’a) que celle-ci ! » (Bukhari n°2010).
▶Pourquoi Omar a-t-il fixé la Tarawih après la Icha et non au dernier tiers de la nuit ?
Omar (رضي الله عنه) savait que le dernier tiers de la nuit est le moment le plus méritoire : « Le Seigneur descend chaque nuit au ciel du monde durant le dernier tiers de la nuit » (Bukhari n°1145, Muslim n°758). Il reconnut cependant que la majorité des gens dormaient à cette heure-là et préféra fixer une pratique collective accessible à tous plutôt qu’une excellence individuelle que la communauté ne pouvait tenir.
▶D’où vient la tradition de réciter l’intégralité du Coran durant le Ramadan ?
Cette tradition puise sa source dans la pratique du Prophète ﷺ avec l’ange Jibrîl. Ibn Abbas (رضي الله عنه) rapporte que « Jibrîl rencontrait le Prophète ﷺ chaque nuit du Ramadan et ils se récitaient mutuellement le Coran » (Bukhari n°3554, Muslim n°2308). Cette révision annuelle — appelée ‘arḍa — fut répétée deux fois l’année du décès du Prophète ﷺ pour confirmer et sceller la transmission. C’est de cette Sunna que les imams ont tiré la pratique de compléter le Coran lors des Tarawih.
▶Combien de rakaat pour la prière de Tarawih ?
Il n’existe pas de nombre fixe obligatoire. Aïcha rapporte que le Prophète ﷺ ne dépassait pas onze rakaat (Bukhari et Muslim), soit 8 rakaat de Tarawih + 3 de Witr. Durant le califat d’Omar, les gens priaient vingt rakaat. Ces deux pratiques sont valides. L’essentiel réside dans la qualité, la présence du cœur et la régularité plutôt que dans le nombre.
▶Quels sont les bienfaits de la prière de Tarawih ?
Le Prophète ﷺ a dit : « Quiconque prie la nuit durant Ramadan avec foi sincère et en espoir de récompense, ses péchés antérieurs lui seront pardonnés » (Bukhari et Muslim). Ce pardon concerne les péchés mineurs. S’y ajoutent l’élévation spirituelle, le renforcement du lien avec Allah, et une plus grande chance de vivre Laylat al-Qadr — dont la récompense est équivalente à plus de mille mois d’adoration.
